Cours 4
PARAGRAPHE DE TRANSITION page 24
Le paragraphe de transition sépare logiquement «ce que l'on sait» de «ce que l'on veut savoir»

 

 

 

Le paragraphe de transition : le «fameux»

  • Ce paragraphe joue un rôle central dans la rédaction de votre problématique.
  • Comme son nom l'indique, le paragraphe de transition - ou «fameux paragraphe » - est le paragraphe qui sépare l'état de la question de la formulation de votre problème, «Ce que l'on sait» de «Ce que l'on veut savoir».
  • Il s'agit donc du tout dernier paragraphe de l'état de la question de votre problématique.

 

Introduction
État de la question : Ce que l'on sait
Le paragraphe de transition
Formulation du problème : Ce que l'on veut savoir
Conclusion

 

La fonction première de ce paragraphe

  • Ce paragraphe est crucial car il a pour fonction d'opérer une transition cohérente et graduelle entre deux parties distinctes de votre problématique : «Ce que l'on sait» et «Ce que l'on veut savoir».
  • Autrement dit, ce fameux paragraphe prépare le terrain sur lequel sera construit ou formulé votre problème de recherche.
  • Ce paragraphe est, parmi toutes les choses «que l'on sait», ce qui se rapproche le plus de votre problème.
  • Il permet de comprendre pourquoi vous avez choisi de vous intéresser à ce problème, à cette faille.
  • Il contribue également à augmenter la cohérence et la pertinence de votre problème.
  • La position et le contenu de ce paragraphe doivent donc respecter à la lettre le principe de l'entonnoir, c'est à dire s'enchaîner logiquement avec ce qui précède et ce qui suit.
  • Voici un l'exemple de paragraphe de transition tiré du modèle de la problématique disponible sur ce site :
 Exemple d'une transition

 

On sait aussi que l'âge, l'ethnie, le statut social et la taille de l'envahisseur sont des facteurs qui expliquent la fréquence et l'intensité de l'envahissement accidentel des petits espaces (Top, 2007).

 

 

On dit souvent que pour danser le tango il faut être deux; il en va de même de l'envahissement accidentel des petits espaces puisque pour tout envahisseur il existe au moins une personne qui subit les inconvénients de cette intrusion. Pour Wiedmann et ses collaborateurs (2006), on peut regrouper les réactions de la personne qui subit l'envahissement de son espace personnel en quatre grandes catégories :l'évitement/échappement, la paralysie, l'approche/apaisement et la confrontation. Sommer (1969) a observé ces réactions dans de petits espaces, notamment dans les écoles et les lieux publics. L'une de ses études, réalisée dans un parc, décrit toute la gamme des réactions émises par une personne assise sur un banc lorsqu'un étranger vient s'asseoir tout près d'elle, alors qu'il pourrait très bien occuper l'autre bout du banc ou simplement s'asseoir ailleurs: absence de regard, signe d'impatience, bougonnement, tapement du pied, bruits de bouche. Les personnes envahies sont rarement insensibles à ce genre de situation. Certains sujets vont même jusqu'à fixer leur envahisseur jusqu'à ce qu'il se déplace, alors que d'autres sujets, au contraire, se lèvent et vont s'asseoir ailleurs afin de résoudre le conflit (St-Louis et Sylvestre, 2015). Si l'envahissement de leur «bulle» se prolonge, on observe même des réponses physiologiques (sudation, transpiration, accélération du rythme cardiaque) et émotionnelles (peur, crainte, appréhension, dégoût, etc.). Ces réponses, parfois intenses, ont notamment été mesurées en laboratoire chez des directeurs et des cadres supérieurs d'entreprise qui subissent quotidiennement la pression de leur hiérarchie (Urunuela, 2013). On constate à cet égard que les femmes ont, sur le plan biologique, des réactions émotives plus fortes et plus fréquentes que celles des hommes (Urunuela, 2013).

 

 

Mais qu'en est-il des comportement sociaux des envahis ? Si les réactions physiologiques et émotionnelles de ces personnes ont fait l'objet de nombreuses recherches, on sait en revanche peu de choses des causes sociales à l'origine de ces comportements. Notons toutefois que, dans un autre contexte, des recherches ont montré que lorsque survient un conflit de travail, les hommes et les femmes n'agissent pas de la même manière; en effet, ces dernière ressentent davantage de crainte et d'appréhension que les hommes (Massoud et St-louis, 2014). Ces sentiments de crainte et d'appréhension pourraient-il se traduire chez les femmes par davantage de comportements d'évitement/échappement lors d'un conflit spatial ? Le sexe est-il à l'origine de ces différences ? On sait également qu'en situation de conflit de travail les femmes font davantage d'attribution interne de responsabilité que les hommes (Millette et Turgeon, 2011). Elles se sentent davantage concernées par les difficultés ou l'incapacité à résoudre une dispute, ou par la perception que les collègues auront d'elles, toute chose qui pourrait sans doute se manifester par un désir plus grand d'apaisement et de rapprochement lors d'un conflit spatial. Une étude récente a clairement montré que pour résoudre un conflit personnel les hommes adoptaient davantage la confrontation que les femmes, alors que ces dernières ont plus souvent recours à l'apaisement et au rapprochement (Klodh, 2016, cité dans Ghoullay, 2017). La combinaison de ces deux facteurs - crainte/appréhension et attribution interne de responsabilité - serait-elle de nature à modifier les comportements sociaux des femmes en situation de conflit spatial ? Bref, les femmes réagissent-elles de manière particulière à l'envahissement de leur espace personnel, de leur "bulle" ?

 

Justification de la recherche
Formulation de l'hypothèse/objectif

 

  • Cet enchaînement entre l'état de la question et la formulation du problème est crucial :
    • s'il est bien fait, le lecteur dira : «Que le texte coule, qu'il est logiquement construit et cohérent avec ce qui précède et ce qui suit».
    • alors que s'il est raté, on dira : « D'où sort ce problème ? C'est illogique, incohérent ! Illisible ! Incompréhensible ! ».
  • Un enchaînement réussi ne créera aucune surprise; un lecteur perspicace devinera même votre conclusion avant de l'avoir lue !
  • On le dit «fameux», car il est difficle à rédiger.

 

 

Le paragraphe de transition a pour fonction d'opérer une transition cohérente et graduelle entre deux parties distinctes de votre problématique : l'état de la question et la formulation de votre problème, «Ce que l'on sait» et «ce que l'on veut savoir».

 

 

 

 

Les types de transition
  • Il existe plusieurs types de transition.
  • Rappelons que les transitions sont des mots, des phrases ou des paragraphes qui permettent d'organiser vos idées/arguments et de structurer logiquement le texte de votre problématique; sans elles, le passage d'une idée à l'autre se fait sans douceur, par rupture de sens, de manière «carrée», décousue ou incohérente.
  • Plus précisément, ils permettent d'articuler et de «huiler» les différentes parties d'un texte; sans elles, le passage d'une idée à l'autre se fait sans douceur, par rupture de sens, de manière «carrée», décousue et incohérente.
  • Les transitions contribuent donc à améliorer la cohérence de votre problématique (= entonnoir).
  • Voici six types de transition :
  • La transition par inclusion consiste à décomposer la matière étudiée en ses éléments ( = énumération), puis à présenter tous ces éléments l'un à la suite de l'autre (inclusion de tous les éléments dans le texte).
  • Cet enchaînement des idées est souvent utilisé au début d'un texte, dans «Ce que l'on sait» et joue un rôle similaire au sujet divisé d'une introduction.
  • On consacre habituellement un paragraphe pour chacun des éléments de la matière, puis on enchaîne le dernier élément/paragraphe avec la suite du texte.
  • Faire des paragraphes est donc une façon simple d'organiser ses idées et de structurer le texte de sa problématique.
  • Voici un exemple :

Chez les adolescents, plusieurs facteurs influencent la consommation d'alcool : l'âge, le sexe des consommateurs, l'encadrement parental, l'influence des pairs.

 

Selon Steele (2003), l'âge est sans doute le facteur le plus important. En effet, des études révèlent que...

 

Les études sur la consommation indiquent clairement que les garçons consomment davantage que les filles (Irons, 2011). Cependant, des recherche récentes tendent à montrer que ce facteur...

 
 

L'encadrement parental est un facteur qui a fait l'objet de nombreuses études (Morgensten, 2009). Il ressort clairement de ces...

 
 
 

  • La transition par exclusion consiste, comme le nom l'indique, à décomposer en éléments «Ce que l'on sait» (énumération), puis à se concentrer sur un et un seul de ces éléments (de manière à exclure les autres éléments de la suite du texte) :
  • Ce type de transition est souvent utilisé au début de «Ce que l'on sait» ou en introduction.

Chez les adolescents, plusieurs facteurs influencent la consommation d'alcool : l'âge, le sexe, l'encadrement parental, l'influence des pairs. Parmi ces facteurs, l'influence des pairs a fait l'objet de très peu d'études (Bushman, 1990).

 

Les pairs sont les amis et les connaissances d'un individu (Wentzel, 1997). Ils constituent un réseau complexe qui se développe dès la prime enfance. Pour de nombreux psychologues, ce facteur est...

 

 

  • La transition par négation consiste à décomposer «Ce que l'on sait» en ses éléments (énumération), puis à exclure tous ces éléments de la suite du texte pour s'attarder sur un phénomène nouveau, celui qui nous intéresse vraiment.
  • Cette transition, plutôt audacieuse, est utilisée plus avant dans la partie «Ce que l'on sait» d'un texte, dans le paragraphe de transition et parfois dans la formulation d'un nouveau problème, «Ce que l'on veut savoir».

Chez les adolescents, plusieurs facteurs influencent la consommation d'alcool : l'âge, le sexe, l'encadrement parental, l'influence des pairs (Bushman, 1990).

 

Quoi qu'il en soit, la consommation d'alcool chez les adolescents demeure un phénomène difficile à prédire, notamment en raison du peu de connaissance que l'on a des facteurs génétiques qui rendent vulnérables les jeunes consommateurs (West et Prinz, 2006). De nombreux chercheurs se sont penchés sur...

 

  • La transition par interrogation consiste à formuler une question ou une série de questions, qui permet d'enchaîner logiquement les parties d'un texte.
  • Ce type de transition est utilisé plus avant dans la partie «Ce que l'on sait», dans le paragraphe de transition et parfois dans la formulation d'un nouveau problème, «Ce que l'on veut savoir».

Chez les adolescents, les pairs jouent un rôle déterminant dans la «décision» de consommer de l'alcool (Bushman, 1990).

 

Mais que sait-on de l'influence des pairs virtuels ? Ces amis que l'on ne voit jamais ou si peu ? Ont-ils autant d'influence ? Une recension des écrits révèle que très peu de chercheurs ont tenté de...

 

 

  • La transition par inférence consiste à présenter des éléments semblables au problème que l'on cherche à étudier, avant de soulever une nouvelle question; ces éléments peuvent prendre la forme de données empiriques ou de théories.
  • En science, les inférences sont des suppositions que l'on fait dans le but de soulever un problème ou de répondre à une question.
    • La transition par inférence empirique consiste à présenter des éléments semblables ; ces éléments peuvent prendre la forme de données empiriques, donc de faits clairement avérés, appuyés par des recherches empiriques.
    • Ce type de transition est utilisé plus avant dans un texte, dans la partie «Ce que l'on sait», dans le paragraphe de transition ou lors de la formulation de la question de recherche ou du problème.

Chez les pré-adolescents, la consommation d'alcool et de cigarettes a considérablement augmenté depuis les années 2000 (Jessor, 2005).

 

Est-ce également le cas des drogues douces, comme la marijuana ? Il semble que peu de chercheurs se soient intéressés à ce type de drogue. Pourtant, il y a fort à parier que....

 

 

    • La transition par inférence théorique consiste à présenter des éléments semblables au problème que l'on cherche à étudier, avant de soulever une nouvelle question.
    • Ces facteurs semblables ou analogues peuvent prendre la forme d'une théorie clairement énoncée dans le texte.
    • Ce type de transition est souvent utilisé plus avant dans la partie «Ce que l'on sait», dans le paragraphe de transition ou lors de la formulation du problème.

Selon Azrin (1983), la consommation d'alcool est un comportement et, à ce titre, comme tout comportement, elle peut donc être renforcée de manière opérante par ses conséquences physiques ou sociales.

 

Or, on sait que consommer de l'alcool en groupe engendre de nombreux renforcements sociaux. On sait également que les jeunes font leurs «premières expériences» de plus en plus tôt (Sobell et Sobell, 1996). Même si le goût de l'alcool est désagréable pour un enfant ou un pré-adolescent, il est possible que la présence des pairs soit suffisante pour renforcer les premières expériences de consommation. Par conséquent...

 

 

  • Il convient de rappeler que la formulation d'un problème repose généralement sur ces deux dernières formes de transition.
  • En effet, pour formuler un problème pertinent, il faut au moins une raison de croire que X est la cause de Y; et ces raisons sont soit des faits, soit des théories qui permettent de comprendre ce qui unit X et Y.

 

 

Marqueurs de transition : L'enchaînement logique des idées

 

 

 
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Formulation du problème Principe de l'entonnoir Style scientifique
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